Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples

Accueil > Activités > Quand le silence devient une position politique : pourquoi le chef de (…)

Quand le silence devient une position politique : pourquoi le chef de l’armée israélienne doit s’exprimer publiquement sur les ordres concernant Gaza

mardi 12 août 2025

https://www.haaretz.com/opinion/2025-08-10/ty-article-opinion/.premium/when-silence-becomes-a-political-stance-why-idf-chief-of-staff-cant-stay-silent-on-gaza/00000198-93d0-db8d-abb8-dbfd10200000?utm_source=mailchimp&utm_medium=email&utm_content=tag-alert&utm_campaign=IDF&utm_term=20250810-15:49
Yagil Levy, 10 août 2025 Haaretz | Opinion

Alors que la confiance du public envers l’armée est en jeu et qu’Israël se trouve confronté au choix entre libérer les otages et mettre fin à la guerre, ou bien l’intensifier et risquer de les tuer, le chef d’état-major Eyal Zamir a le devoir de s’exprimer.

Le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, lors de la cérémonie commémorative de l’Holocauste à Yad Vashem plus tôt cette année. L’armée joue un rôle historique crucial dans la légitimation des politiques controversées menées par les dirigeants politiques israéliens. Crédit : Naama Grynbaum

L’armée joue un rôle crucial dans la légitimation des politiques controversées menées par les dirigeants politiques israéliens. Les gouvernements centristes s’en sont servis pour soutenir des politiques militaires modérées (comme pendant les années Oslo d’Yitzhak Rabin), tandis que les gouvernements de droite l’ont utilisée pour justifier des politiques agressives ou visant à préserver le statu quo (comme ce fut le cas jusqu’au 7 octobre 2023).
Cette influence découle du haut niveau de confiance dont jouit l’armée israélienne auprès de la population, qui la considère comme une institution à la fois professionnelle et apolitique. Cette confiance rend l’armée essentielle au carrefour où se trouve actuellement Israël : entre mettre fin à la guerre et poursuivre la libération des otages – un résultat souhaité par la plupart de la population et, probablement, par le chef d’état-major Eyal Zamir – et la conquête de Gaza, que les dirigeants politiques encouragent.
Le rôle politique de l’armée israélienne est particulièrement important, car elle bénéficie toujours d’une confiance écrasante parmi les Israéliens juifs qui s’identifient comme étant de gauche. Dans un récent sondage réalisé par l’Institut israélien pour la démocratie pendant la guerre avec l’Iran, environ 86 % de ce groupe a exprimé une grande confiance dans l’armée. Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que la gauche se méfie de l’armée, en particulier en temps de guerre, ce niveau élevé de confiance est une caractéristique constante de la politique israélienne. Cela s’explique en partie par les liens historiques de la gauche sioniste avec l’armée et sa forte représentation dans l’« armée high-tech ».

Ces liens contribuent également à expliquer la passivité de la gauche sioniste face à la guerre actuelle : elle hésite à s’opposer d’une manière qui pourrait être perçue comme sapant l’autorité de l’armée. C’est pourquoi une déclaration claire du chef d’état-major contre l’achèvement de la conquête de Gaza, le massacre d’une plus grande partie de sa population et l’application de la directive Hannibal aux otages pourrait être déterminante, mobilisant non seulement la gauche sioniste, mais aussi le centre politique, qui fait encore plus confiance à l’armée.
Le chef d’état-major ne peut ignorer son influence considérable sur une partie importante de la population juive. Il doit reconnaître que même le silence constitue une prise de position politique, qui confère de facto une légitimité à la droite. S’il n’est généralement pas souhaitable que le chef d’état-major fasse des déclarations publiques susceptibles de compromettre les décisions politiques – compte tenu du principe de subordination de l’armée au pouvoir politique –, un autre principe tout aussi important est en jeu : le droit du public à l’information.
Les citoyens méritent d’entendre la position de l’armée de première main, afin de pouvoir participer au débat politique de manière éclairée et active, en particulier lorsque la légitimité du gouvernement est faible.
Le chef d’état-major a donc le devoir de s’opposer publiquement aux mesures prises par le gouvernement dans ces conditions particulières : la volonté d’impliquer l’armée dans de nouveaux crimes de guerre qui non seulement nuiraient à la réputation d’Israël, mais modifieraient également l’identité même de l’armée ; la menace imminente d’un refus généralisé de servir ; l’érosion profonde de la préparation militaire ; et la probabilité d’un nombre beaucoup plus important de victimes si la guerre se poursuit.
L’absence d’objectif clair de la guerre, son faible soutien public et le soupçon raisonnable qu’elle sert la survie politique du gouvernement renforcent tous les arguments en faveur d’une prise de position. Cela est d’autant plus vrai que le contrôle parlementaire s’est effondré : le président de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset est désormais sous le contrôle effectif du gouvernement, et la commission n’a pas reçu de briefing sur la guerre de la part du chef d’état-major depuis janvier.

Tout aussi crucial, le droit de l’État à tuer ses propres citoyens – en l’occurrence, les otages – est hautement contestable. Une telle décision ne peut être prise par le gouvernement seul. Le chef d’état-major doit s’exprimer, et si sa position est rejetée, il doit se demander en toute conscience comment procéder.